La Femme  » psychanalytique »….

SEXUALITE FEMININE

La perplexité que l’on éprouve lorsque l’on se trouve face à la complexité du problème de la sexualité féminine tient, sans doute, à la diversité des approches possibles.
Les réflexions anatomique et génétique sur la différenciation sexuelle, les recherches sur l’embryon, portant sur l’origine d’une sexualité humaine, les découvertes de la physiologie à l’égard du sexe chromosomique et ses différences d’avec le sexe hormonal, la multitude des études faites de la biochimie à la médecine, produisent constamment des théories nouvelles, qui, à côté des élaborations conceptuelles issues des sciences humaines, tentent d’apporter une explication aux mystères de la vie pulsionnelle: la bisexualité de l’embryon n’a-t-elle pas son pendant sur le versant psychologique ?
L’hormone mâle ne serait-elle pas déterminante pour nous éclairer sur les origines du comportement sexuel masculin?
Les transformations du métabolisme féminin ne seraient-elles pas à la source de son attirance pour des objectifs passifs et du refoulement de ses instincts agressifs?
La psychanalyse s’intéresse à toutes les questions se rattachant à ce problème: l’énigme du désir chez la femme, la nécessité d’être désirée, l’impact de la différence anatomique des sexes sur le psychisme féminin…
Mais concernant les multiples conceptions médicales, leurs liens, on observe que la fonction sexuelle ne prend de sens que par rapport au Désir qui déclenche la pulsion. Pourtant Sigmund Freud, à l’issue de ses travaux, confiera que l’élucidation de la problématique de la sexualité féminine reste: « une tâche irréalisable »
La raison qu’il donne est la suivante:
 » Lorsque nous avons étudié les premières configurations psychiques que prend la vie sexuelle chez l’enfant, nous avons pris pour objet l’enfant de sexe masculin. Nous pensions qu’il doit en aller de même pour les petites filles, quoique, d’une certaine manière, différemment. On ne pouvait alors clairement constater où se révèle cette différence au cours du développement. »
Par ailleurs, les psychanalystes étaient le plus souvent des hommes, mais il apparaît, d’après les analystes femmes, qu’il y aurait quelque chose d’impossible à interpréter, concernant la femme.
Parmi elles, nous pouvons évoquer les travaux de Lou Andreas-Salomé, psychanalyste, intellectuelle, qui réalisa un parcours téméraire au sein de la modernité européenne: femme originale intégrée aux milieux littéraires cosmopolites, elle aura sa place, dès 1911, dans l’avènement de la psychanalyse.
L’histoire de cette femme est aussi celle d’une émancipation féminine.
Dans ses oeuvres littéraires, elle réaménage les traumatismes du passé, et va toujours dans le sens d’une indépendance.
Elle réussit à vivre librement ses relations amoureuses et sexuelles, alors que dans son couple avec Friedrich Carl Andreas, elle s’était longtemps refusée ce plaisir charnel.
Dans sa recherche existentielle, Lou Andreas-Salomé se crée sa propre philosophie de la vie, analysant l’art, l’amour, l’érotisme, la femme ( comme porteuse de vie, de désir et d’une maternité spirituelle ) .
Elle écrira:
 » La sexualité rayonne, au-delà de l’union charnelle et de la vie donnée, dans les sphères de la création artistique et de la religion  » .
Luce Trigaray a marqué son époque, et s’est essentiellement penchée sur le problème de la Féminité et l’articulation de la différence sexuelle.
Elle dit:
« Pourtant la femme ça parle. Mais pas pareil, pas même, pas identique à soi, ni à un x quelconque. »
ou encore:
 » La femme ne peut donc pas s’entendre. Et, si tout ce qu’elle dit est de quelque manière du langage, il ne le signifie pas pour autant  » .
et enfin:
 » La femme ne parle jamais pareil. Ce qu’elle émet est fluent, fluctuant, Flouant. Et on ne l’écoute pas, sauf à y perdre le sens ( du ) propre. D’où les résistances à cette voix qui déborde le sujet « .
Une autre psychanalyste s’est interrogée sur la sexualité dite normale par rapport à une normativité, il s’agit de Joyce Mac Dougall.
On ne peut définir un être par un acte, même s’il s’agit d’un acte symptôme, car ce symptôme peut correspondre à des structures différentes « .
Cette analyste conteste le terme  » pervers  » et introduit l’idée que la sexualité perverse n’est que l’expression d’une situation intérieure où s’entrecroisent angoisses, dépression, symptômes psychosomatiques et inhibitions.
Intéressants, sont aussi les travaux de Piera Aulagnier et Nathalie Saltzmann à ce sujet.

CONCEPTIONS FREUDIENNES
D’un point de vue psychanalytique, la sexualité repose sur la libido, force pulsionnelle sexuelle.
Selon Freud, elle est indifférenciée, il n’existerait pas de « libido féminine ». Il soutient le thèse d’un « monisme sexuel phallique »jusqu’à la puberté. Le clitoris est associé au pénis en tant qu’organe érotique. La petite fille ne découvrirait le vagin que plus tard.
La phase clitoridiennes pourrait cependant marquer la femme toute sa vie.
Pour devenir une femme, selon Freud, la fillette doit traverser des expériences douloureuses, qui lui demandent une élaboration psychique intense.
C’est avant la puberté que la petite fille devra dépasser deux situations, qui lui sont propres, et que le garçon ne rencontre jamais.
Les enfants des deux sexes franchissent les premiers stades de la libido de façon sensiblement égale.
Ces stades prégénitaux, participent à l’organisation libidinale et correspondent au développement affectif de l’enfant.
Les stades oral, anal, phallique se succèdent ainsi que les zones érogènes qui leur sont associées.
Jusque-là, tout reste immature. Ces phases composent l’humain, et l’apprêtent à devenir un être géniteur.
Les zones érogènes se définissent nettement, et la masturbation clitoridienne devient préférentielle.
Mais au fur et à mesure que la féminité apparaît, le sensibilité du clitoris devrait devenir moins forte que celle du vagin.
C’est en cela que réside la première complication que la fillette doit surmonter par rapport au garçon, qui lui, prolongera cette activité sexuelle au cours de sa maturité.
La sensibilité érotique phallique du petit garçon se développera tout au long de sa vie d’homme, alors que pour devenir femme, un changement, à ce niveau, doit advenir chez la fillette.
Jacques André, psychanalyste et professeur à l’Université Paris VII, s’est lui aussi, intéressé à cette évolution.
La deuxième différence et difficulté qui se trouve sur les chemins de la fillette à destination de la féminité, est la mutation d’objet d’amour.
Le garçon ne connaîtra jamais ce bouleversement.
En effet, la mère est le premier objet d’amour, aussi bien pour le garçon que pour la petite fille.
Elle satisfait les besoins essentiels du nourrisson, avant l’Oedipe, elle est investie d’un pouvoir fabuleux.

Voici ce que Freud écrit à ce sujet:
 » Les sentiments libidinaux de la fille pour sa mère sont multiples et persistent pendant les trois stades de la sexualité infantile. Ils prennent le caractère de chacun d’eux en s’exprimant par des désirs oraux, sadiques anaux et phalliques. Ces désirs traduisent des émotions actives ou passives, et si on les rapportent à la différenciation ultérieure des sexes, on est en droit de les qualifier soit de virils, soit de féminins. En outre, étant ambivalents, ils sont à la fois tendres et agressivement hostiles. Il n’est pas facile de formuler en quoi consistent ces désirs sexuels. Le plus nettement perceptible est le désir de faire un enfant à la mère et d’en avoir un d’elle. Ces deux désirs datent de la période phallique et leur surprenante présence est prouvée, de façon formelle, dans l’observation psychanalytique. »
On parle même de fantasme de séduction par la mère, sans doute en raison des soins corporels donnés par la mère à la petite fille et qui suscitèrent les premiers émois sensuels génitaux.
La fillette doit cependant renoncer à cet attachement passionné à la mère, pour se tourner vers le père.
Cet arrachement se fait dans la douleur, souvent sous forme d’agressivité, de haine et de reproches.
Cette révolte peut parfois durer toute la vie, les reproches portent sur le manque d’amour de la mère : la mère n’a pas assez de lait pour nourrir le bébé.

D’autres fois, c’est la venue d’un autre enfant qui fait l’objet de la condamnation de la mère. La jalousie haineuse anime la petite fille, elle se sent abandonnée.
L’intensité des sentiments des enfants est sans limite, ils sont possessifs, et leur amour passionné est exclusif
En fonction des stades de la libido, les désirs sexuels de le petite fille se transforment. Malheureusement, ils ne peuvent être comblés.
Face à cette frustration des désirs non satisfaits, l’enfant développerait une agressivité à l’égard de la mère, la rendant responsable de cette frustration.
La rupture décisive se produirait à la phase phallique, au moment où la mère interdirait la masturbation à la petite fille.
Souvent la mère condamne, menace l’activité sexuelle de l’enfant qui finit par se
détacher définitivement, renonçant à cette forte fixation à la mère.
 » On pourrait penser, note Freud, que ces motifs suffisent à expliquer pourquoi la fillette se détache de la mère: la nature même de la sexualité infantile, l’excès des exigences amoureuses, l’impossibilité de satisfaire les désirs sexuels,
voilà ce qui provoque inéluctablement cette volte-face. On peut penser que ce lien est appelé à disparaître, du fait, justement, qu’il est le premier, car les investissements objectaux précoces sont toujours extrêmement ambivalents et l’amour puissant ne manque jamais de s’accompagner d’une forte tendance agressive. Les déceptions amoureuses, les renoncements seront d’autant plus sensibles à l’enfant, qu’il aura aimé avec plus de passion. Finalement l’hostilité accumulée doit l’emporter sur l’amour. On peut, aussi, nier l’ambivalence primitive, des investissements amoureux et démontrer que l’irrémédiable disparition de l’amour infantile est due à la nature particulière du rapport mère-enfant, l’éducation la plus indulgente ne pouvant qu’exercer une contrainte. Toute atteinte à sa liberté provoque, chez
l’enfant, une réaction qui se manifeste par une tendance à la révolte et à l’agression ».
Mais cette thèse ne peut être soutenue si on considère que le petit garçon connaît les mêmes sentiments hostiles et négatifs à l’égard de sa mère et reste cependant attaché à son premier objet d’amour.
C’est l’angoisse de castration qui reste l’élément spécifique chez la fille et qui agit comme facteur déterminant au détachement maternel.
Vers l’âge de 2 ou 3 ans, découvrant la différence des sexes, la petite fille en veut à sa mère de ne pas l’avoir dotée d’un pénis.
Pour le garçon, l’angoisse de castration est vécue différemment: en voyant le sexe féminin, il en arrive à penser que le pénis n’est pas forcément un élément du corps humain.
Lui reviennent à l’esprit les menaces proférées à l’époque de sa masturbation et craint la mise en actes de ces intimidations.
L’effroi éprouvé à l’idée de cette castration deviendra, à partir de ce moment-là, un ressort puissant pour le développement ultérieur du petit garçon.
Le retentissement de l’angoisse de castration pour la petite fille sera fondamental pour son évolution .

La situation n’est pas toujours facile à accepter, certaines petites filles caressent l’illusion d’avoir un jour un pénis.
Ce désir peut rester graver dans l’inconscient, ne jamais quitter la fillette devenue adulte, et la mener à entreprendre une analyse.
L’expérience de la castration représente pour la petite fille l’entrée dans la féminité, mais c’est aussi l’origine des névroses et des perversions.
A partir de la découverte de la différence des sexes plusieurs possibilités s’offrent à la fillette.
Ou bien elle s’orientera vers une féminité normale.
Ou bien elle s’engagera sur les chemins de la névrose en réagissant à la castration par l’inhibition sexuelle.
Ou bien on assistera à un changement dans son caractère, et elle développera un complexe de virilité.
Dans l’éventualité d’une féminité normale, lorsque l’enfant , à l’issue de la phase phallique, n’a pas trop endigué ses pulsions sexuelles, les transformations opérées doivent concourir à une organisation normale de la féminité.
Une poussée de passivité envahit la petite fille qui se sent, naturellement, attirée par son père.
Symboliquement, cet enfant tiendrait lieu de « penisersatz »:
On remarque que même lorsque la féminité s’est bien épanouie, ce désir de pénis survit chez la femme.
Ce désir de pénis ne correspondrait-il pas, s’interroge Freud, à  » un élément typiquement féminin ? « .
Au cours de cette période, c’est-à-dire, vers trois ans, la petite fille, découvrant son désir d’enfant et de pénis du père, va commencer à vivre l’Oedipe, éprouvant à l’égard de la mère des sentiments agressifs liés à la situation de rivalité.
Elle entre en compétition avec elle, jalouse de ce que le père lui accorde.
Elle aimerait prendre sa place pour jouir des faveurs dont son père la gratifie.
La situation Oedipienne est pour la fille l’issue d’une série d’épreuves douloureuses et d’un lent développement.
Cette phase est pour elle une sorte de répit passager.
Dans la deuxième situation, contestant l’évidence de la castration, la fillette déploie  » un complexe de virilité ».
N’abandonnant pas leur activité clitoridienne, elles prennent des attitudes de garçons et tentent de s’identifier à une mère phallique ou au père.

Freud explique, entre autre, ainsi l’origine de l’homosexualité.
Mais d’autres psychanalystes ont pu observer, dans leur pratique, que l’homosexualité n’était pas une conséquence directe du complexe de castration.
Certaines fois la fillette vit l’Oedipe avec son père, mais ne le surmonte’ pas et régresse jusqu’au complexe de virilité.
L’étude des couples homosexuels nous indique qu’ils jouent soit à la mère et l’enfant, soit au mari et à l’épouse.
Ce sont les traces laissées par la traversée de ces deux phases de l’évolution de la sexualité féminine.
Dans le troisième cas, l’enfant, souffrant d’une blessure narcissique à travers ce qu’elle peut vivre comme une « mutilation » et « une infortune singulière et privée », va d’une part abandonner le plaisir de la masturbation, refoulant certaines de ses pulsions sexuelles.
Un bouleversement intérieur violent est à l’ oeuvre, permettant à la petite fille de mener un combat contre ses penchants sexuels masturbatoires.
Du point de vue psychanalytique, on comprend fort bien les conséquences que peuvent revêtir la pratique ou l’abstinence de la masturbation précoce et le comportement des parents ceci en lien avec l’apparition d’une névrose et la formation du caractère.
L’abandon de la masturbation clitoridienne correspond au renoncement de l’activité phallique.

Finalement la petite fille prend conscience qu’elle n’est pas seule à être ainsi constituée; d’autres individus féminins, sa mère en particulier, sont ainsi faits.
Cela lui pose un problème car elle imaginait une mère phallique, toute puissante, à qui elle vouait un amour infini.
Mais cette mère tant aimée, admirée, apparaît soudain dépréciée, il lui manque quelque chose.
A ce moment-là, le garçon comme la fille, repositionnent leur désir.
Confronté au manque, l’enfant peut se trouver, parfois, dans l’incapacité de désirer l’objet, dévalorisé à ses yeux.
C’est ainsi que prennent naissance « névroses et perversions ».
Le complexe d’Oedipe et le complexe de castration sont liés différemment, suivant qu’il s’agisse de la fille ou du garçon.
Lorsque le garçon commence à éprouver du désir pour sa mère, et à vouloir éliminer son père, devenu rival, il se trouve au stade phallique.
C’est l’angoisse de castration qui va mettre un terme à ses tendances amoureuses, car il a peur de voir disparaître son pénis.
L’angoisse de castration, chez le garçon aboutit au déclin du complexe d’Oedipe.

S’identifiant à son père, le garçon va intégrer « l’interdit de l’inceste ».
Ainsi , aucune menace ne pèse plus sur son pénis.
A l’inverse, l’angoisse de castration précipite la fille dans l’Oedipe.
Le désir du pénis l’attire vers son père.
Le développement de son « surmoi » tiendra plus aux réactions extérieures, l’éducation et dépendra surtout de sa peur d’un retrait d’amour.
C’est à partir de l’Oedipe que la féminité va lentement se déployer.
Entre 6 et 9 ans, elle vivra l’acmé de la relation triangulaire Oedipienne, fantasmant sur le désir d’enfant avec le père et ses envies de meurtre à l’encontre de sa mère.
Cependant, elle essaie de lui ressembler pour séduire le père.
Ce violent conflit cessera lorsqu’elle prendra conscience d’une incompatibilité entre son vagin et le sexe de son père.
Cela produit une »angoisse de viol » à laquelle elle mettra fin en abandonnant son désir du pénis paternel.
Ses pulsions génitales sont sublimées.
Il faudra attendre la puberté, pour qu’elle se détache complètement du père, et s’intéresse à des garçons de son âge.
Au moment de la puberté, vers 10 à 12 ans, la fillette doit surmonter une étape délicate liée à l’importance de l’image chez l’adolescent.
Les seins apparaissent, le cycle menstruel s’instaure et cette phase inscrit un tournant essentiel dans l’instauration de la féminité de l’enfant.
La jeune adolescente commence à se maquiller, à se vêtir de façon parfois originale et provocatrice.
Elle désire prendre l’aspect d’une femme pour solliciter les garçons, les attirer.
En abandonnant l’illusion d’une possible relation incestueuse, la fille s’ouvrira sur le monde et commencera à entretenir une vie sociale.
Cette période, au cours de laquelle les parents sont délaissés, et ne représentent plus réellement d’intérêt pour l’adolescente, peut être ponctuée d’incidences dépressives: la jeune fille peut être en proie à  » des pulsions de mort’, avoir des idées de suicide, en adoptant, parfois, certains comportements mortifères.
C’est aussi le temps de la masturbation de la puberté émaillée de fantasmes de viol et de rapt, jusqu’au jour de la première relation sexuelle avec un garçon.
Si le premier acte sexuel se passe bien, le processus de féminité aboutira à des orgasmes de plus en plus variés et profonds: orgasmes vaginaux et plus intimement orgasmes utéro-annexiels.
La jeune fille jettera son dévolu sur un époux correspondant à son idéal narcissique: c’est-à-dire un idéal masculin qu’elle aurait voulu atteindre, dans l’enfance, et auquel elle aurait voulu ressembler.

Si la phase oedipienne n’a pas été correctement dépassée, elle s’orientera vers un homme qui représente l’image du père.
On constate donc que l’évolution affective et le choix narcissique vont jouer un rôle capital dans le choix objectal.
Le besoin d’être aimée est pour la femme plus important que le besoin d’aimer.
La femme se réalisera aussi dans la maternité.
Selon Freud, la relation mère-enfant est le lien le plus extraordinaire et le plus cristallin.
Mais , toujours selon lui, c’est dans la relation « de mère à fils »que la femme s’épanouit le mieux et puise un bonheur parfait.
Il en tire la conclusion que « le manque de pénis » est toujours à l’ oeuvre.
Si la première expérience sexuelle se déroule mal ( manque de tendresse, mauvais choix), la jeune fille peut être traumatisée, souffrir d’une blessure narcissique et vivre l’acte comme un viol.

POINTS DE VUE LACANIENS
Jacques Lacan s’est intéressé à la conception de l’évolution de la sexualité en mettant l’accent sur le désir en rapport avec le désir de l’Autre.
Il s’est beaucoup appuyé sur les travaux de Mélanie Klein concernant la relation primordiale mère-enfant.
Les études de cette psychanalyste ont apporté un éclairage différent sur les relations précoces du bébé, cannibaliques et divisées ( morcellement ), avec les objets extérieurs, partiels, des « morceaux de mère ( ses mains, ses seins, les objets qu’elle manipule et nomme) ».
Mélanie Klein introduit l’idée de deux catégories d’objets: « les bons » et les « mauvais ».
Selon elle, l’angoisse de séparation et de perte d’objet s’inscrit dans sa conception des relations objectales et de sa théorie de l’angoisse.
Pour elle, l’angoisse est une réaction directe au travail interne de la pulsion de mort.
Il y aurait, selon Mélanie Klein, une angoisse persécutrice de l’ordre de la position paranoïde-schinoïde et une angoisse qui appartiendrait à la posture dépressive.
H.Segal ( 1979) précise:
 » L’angoisse fondamentale postulée par Freud concernant la perte d’objet pouvait être vécue selon Mélanie Klein sur l’un ou l’autre mode ou bien encore selon une quelconque combinaison des deux. »

Par exemple, l’objet est méchant et attaque, il persécute et est mauvais, car il se présente sous un mode paranoïde, et il reste bon, sur le mode dépressif, car on a peur, on éprouve de l’angoisse à l’idée de perdre le bon objet.
La première angoisse chez l’enfant décrite par Mélanie Klein, est la peur d’être anéanti par la pulsion de mort, elle est donc projetée à l’extérieur, d’où la notion de fantasme du mauvais objet et le bon objet protecteur est introjecté .
Les frustrations sont vécues comme des persécutions, les bonnes expériences se fondent dans le fantasme d’un objet idéal.
Dans ces chaos intérieurs, si le nourrisson est bien intégré, il peut avoir le souvenir d’un amour stable pour la mère aimée, qu’il se met à haïr quand elle disparaît.
La perte de l’objet reste cruelle, mais si l’amour concernant l’objet total, cela aura moins de conséquences sur le nourrisson.
En effet, les fluctuations entre l’angoisse de persécution, lorsque la haine est plus forte, et l’angoisse dépressive, lorsque l’amour l’emporte sur la haine, seront déterminantes.
Car la position dépressive marque un point capital entre le moment de fixation des psychoses et celui des névroses.
Selon Lacan, le monde est l’endroit où se localise le désir de l’Autre (lieu de
l’Inconscient, en opposition à l’autre qui correspond au terme de congénère, auquel on est confronté dans le cadre d’une relation interpersonnelle).

L’enfant devra faire l’expérience de la localisation de ce désir de l’Autre.
L’extérieur ne pouvant se restreindre à un site « bon » ou « mauvais ».
Le sein, objet partiel, initialement objet de besoin, va se transformer en GL parenthèse symbolique « de la mère réelle qui entoure le nourrisson et recèle dans son être tous les objets qu’elle peut contenir.
La mère est le premier objet symbolisé.
Suivant qu’elle apparaisse ou disparaisse ( le Fort/Da de Freud) elle se transformera, pour le sujet, non plus en objet de besoin, mais en objet d’amour.
Ainsi, la présence ou l’absence de la mère inscrira notamment l’enfant en tant que sujet désiré ou non, la question de la satisfaction des besoins reste en second plan.
C’est de la mère qu’émane ce Désir, si vital à l’enfant.
Ce qui est fondamental pour l’enfant, pour la petit fille, c’est ce qu’elle désire.
Elle va repérer son Désir dans celui de la mère ( l’Autre).
Le Désir se réfléchit, renvoie dans l’Autre, à un désir autre.
Au cours de la relation initiale mère-enfant, le nourrisson est très réceptif et décrypte les signaux provenant de la mère.
Le phallus, comme signifiant du désir se manifeste du côté de la mère.

Ceci induit un fond nouveau et occulte, un élément tiers.
La mère désire le Phallus, symbole de toutes les qualités attachées à l’organe masculin.
 » Car il faut un symbole à cette marge qui sépare tout être humain
de son désir. Le symbole du manque, nécessaire pour introduire son désir dans le signifiant, est le phallus. ( W. Granoff et F. Perrier).
C’est au moment où la petite fille va reconnaître son désir dans celui de sa mère que son évolution affective va s’enclencher.
Au cours de cette évolution, on distinguera trois phases capitales qui seront à l’origine du processus de mutation: on partira de l’imaginaire pour accéder au symbolique et à la réalité.
Dans un premier temps, le phallus, signifiant du désir, chemine conjointement dans la relation imaginaire avec la mère comme objet basique.
Ensuite, il prend sa place dans la triade symbolique avec la père, référence suprême, la mère s’en remettant à lui, en lui transmettant son rôle.
Ces profonds bouleversements sont couronnés par le complexe d’Oedipe.
Mais la fonction du Phallus ne peut être alors évaluée qu’au regard du complexe de castration.
Pour comprendre le processus de féminisation, il convient de faire un petit retour en arrière, au moment où la mère représente tout pour l’enfant et incarne le Désir.

Désir à la mère vont d’abord tenter de s’identifier à cet objet qui capte tant la mère et essayer d ‘être le Phallus.
Dans cette évolution psycho-affective, le désir maternel est déterminant. Il déclenche l’identification.
Cependant, l’enfant s’aperçoit rapidement que cela ne suffit pas, la mère n’est pas comblée, elle continue à désirer ailleurs.
L’enfant sent qu’il y a « autre chose « .
C’est alors que surgit dans son esprit l’idée d’un tiers auquel la mère se réfère et qui canalise son désir.
Il s’agit là du concept du « Nom du Père ».
L’enfant ne se découvre pas encore en tant qu’homme, mais plus au sens d’une  » référence à une Loi ».
Dans sa quête, l’enfant rencontre l’Autre, qui le renvoie à l’Autre de l’Autre, c’est-à-dire, « la Loi ».
La mère désirante induit une Loi autre, qui n’est pas la sienne, ni celle de l’enfant.
C’est dans le discours de la mère que le Père intervient pour  » interdire ».
Ce rôle « d’ interdicteur « , le père le joue à deux niveaux:
- d’une part, s’adressant à l’enfant, il lui notifie: » tu ne seras pas le phallus, objet du désir de ta mère ».
– d’autre part, à l’attention de la mère, il énonce:
« tu ne réincorporeras pas ton enfant pour en faire ton phallus ».
Voilà ce qui signe  » l’interdit de l’inceste ».
Rarement l’enfant s’accommode aisément de cette Loi interdictrice.
Souvent, il continue, pendant un temps, à entretenir l’identification avec ce phallus rival.
L’enfant a beaucoup de mal à admettre, que la toute-puissance de la mère dans laquelle il l’avait installée, puisse soudain disparaître et s’avérer être un mirage et que, par ailleurs, une différence des sexes vienne démentir l’autonomie désirante de la mère.
A cette  » étape phallique primitive » l’enfant est confronté au dilemme: « être ou ne pas être le phallus ».
Si la Loi du Père échoue, cela peut donner naissance à une névrose obsessionnelle ou une perversion .
Classiquement, on observe que, dans un premier mouvement, l’enfant refuse l’idée de ne pas être l’unique objet de désir de la mère et qu’elle puisse se heurter au manque.
Dans un second mouvement, il prend conscience de la réalité, réalisant que le sexe féminin est différent et que la mère connaît une jouissance à laquelle il n’a pas accès et qu’elle partage avec le père.
C’est à ce moment-là que l’enfant finit par renoncer à son identification au phallus.

physiquement constitué d’un « pénis réeravec lequel il peut gratifier la mère, se la réappropriant à travers ce don de pénis.
L’avènement de la féminité dépend, pour l’enfant, de la reconnaissance de la singularité du sexe féminin.
Il doit aussi prendre conscience que c’est précisément cette singularité qui déclenche le Désir du Père.
Il ne s’agit plus, alors, pour l’enfant, d’être ou de ne pas être le phallus mais de « l’avoir ».
Avec la découverte de la différence des sexes se manifeste le complexe de castration.
Cette période, décisive pour l’évolution l’enfant, atteste de la fugacité du phallus et de l’objet d’amour.
Il aimait une mère toute-puissante, phallique, elle est soudain destituée de son pouvoir quasi magique, et n’est plus qu’un objet de manque.
Tout ce qui la rendait désirable, à ses yeux, disparaît.
Un travail psychique important l’oblige à repositionner son désir par rapport au manque.
Pour la petite fille, ce manque est, en première instance, vécu comme une lésion corporelle, une blessure affreuse.
Elle fera l’impossible pour désavouer le caractère de non-retour de cette dissimilitude

Parfois, c’est à l’instar de jeux érotiques d’enfants, au cours desquels garçons et filles se donnent en spectacle, dévoilant leur nudité, qu’elle prend réellement conscience de l’aspect irrémédiable de la conjoncture sexuelle.
Fascinée par le corps du garçon, l’envie de pénis la tenaille, ce qui, selon Freud, signe l’emblème symptomatique de la féminité.
Il arrive, cependant, que la petite fille reste fixée à la zone érogène clitoridienne, à son désir de pénis ou à la mère.
Ces fixations sont source de troubles.
Les phobies, entre autres, proviennent des ces ancrages non surmontés.
Le désir du pénis n’est pas conscient, il s’exprime sous forme de phobies, dont l’objet s’aménage à partir d’une transposition de vecteur.
Lorsque ces phases sont dépassées, et que tout se déroule normalement, la petite fille, animée de l’envie de pénis, va trouver une issue avec le père.
Lors de l’Oedipe et du transfert au Père, on assiste à une transformation de désirs.
Le désir d’un enfant du Père affleure, remplaçant l’envie de pénis, tel que Freud l’avait observé.
Cette phase, reste pour la petite fille, la plus difficile à franchir.
Psychologiquement, les mutations sont considérables et mobilisent une énergie psychique intense.

Elle se tourne vers un autre Objet d’amour, de sexe différent.
Et elle rentre dans une ère de passivité, parfois proche du masochisme, loin des instincts agressifs.
Piera Aulagnier pense que c’est une traversée primordiale pour la femme, et sa relation à la féminité.
Dans sa revendication, voire récrimination du pénis à la mère, la petite fille n’acceptait pas sa féminité.
Alors que l’émergence de son désir d’enfant correspond à une convocation de libido et une sollicitation d’amour dont la destination est le père.
La féminité se réalise dans le cadre de cette renversements psychiques qui sont le témoignage que la dissemblance sexuelle qui tatoue la fille et la révèle . C’est ce qui provoque « le désir le la promesse de don » chez l’homme.
La fille dépend alors de l’homme et de ce que « il doit lui être donne’.
C’est sa manière de se réconforter, en proie à l’angoisse de castration.
Le manque qu’elle ne peut symboliser devient le fondement du désir.
Dans la cause du désir de l’homme réside l’indice de la femme.
La femme a besoin d’un homme pour être reconnue.
Elle ignore ce qui fait qu’elle puisse être désirée, seul l’homme peut le formuler.
La féminité reste un secret pour la femme. L’homme la désire, il peut la renseigner sur la nature de son désir.
Au coeur de sa féminité, elle trouve le manque.
En amour, ce manque devient une don.
Elle désire et offre ce qu’elle ne détient pas et suscite le désir de l’homme.

APPROCHE JUNGIENNE ET TEMPERANCES
Cari Gustav JUNG s’interrogea, tout au cours de sa vie, sur les mystères de la nature humaine.
Il pressentit que la vérité de l’individu se cachait en lui-même, que chacun recelait les clefs de sa propre énigme.
Se tournant vers la psychiatrie, il travailla aux côtés d’ Eugen Bleuler, au Burghôizli et poursuivit des recherches, dans le cadre de sa thèse, sur  » La psychopathologie des phénomènes dits occultes ».
De sa rencontre avec Sigmund Freud naquit une profonde mais éphémère amitié.
Des désaccords théoriques concernant, entre autres, la conception de la libido, contribuèrent à la séparation de ces deux psychanalystes.
Seul, Carl Gustav JUNG traversa une crise troublante, au cours de laquelle « une confrontation avec l’inconscient » s’imposa.
Ceci fut le début d’une phase d’investigations aventureuses, pénibles qui déboucha sur l’inauguration d’une harmonie nouvelle basée sur la communication entre la conscience et l’inconscient.
C’est alors l’entrée définitive, pour Carl Gustav JUNG, dans un monde d’innovations et de découvertes.
Il dira un jour, à propos de cette phase douloureuse de maturation qu’elle fut: « la matière première de l’ oeuvre de ma vie ».

Elaborant une théorie de la structure de la psyché, Jung a une conception très dynamique de l’homme ( Werden / Wandlung).
Les rêves représentent pour lui comme pour Freud  » la voie royale vers l’inconscient », et « traduit un état de l’inconscient à un moment donne’.
C’est avec le concept « d’inconscient collectif’ que Carl Gustav JUNG « s’enhardit », sur le plan théorique, par rapport à Sigmund FREUD.
Cet inconscient collectif s’exprime à travers les  » archétypes », que l’on pourrait définir comme des éléments primordiaux de la psyché humaine.
Ces structures préformées sont nourries par le flux de l’énergie psychique et se caractérisent par une dynamique particulière ; elles s’extériorisent de façons diverses et mouvantes, sous la forme  » d’images archétypiques ».
C’est dans ce contexte, qu’à côté des images parentales, apparaissent deux archétypes que je désire analyser de plus près parce qu’ils peuvent avoir une incidence dans la vie du couple: « l’anima et l’animas »
Ils représentent la polarité sexuelle complémentaire de l’individu.
Selon la théorie élaborée par Cari Gustav Jung, la femme aurait en elle une partie masculine inconsciente: l’animus.
Ce terme signifie souffle, vent, esprit.
L’animus de la femme s’est forgé au fil de ses expériences masculines, et peut prendre les traits du père, du frère.
Fondamentalement on peut dire que l’animus est influencé par le père de la femme.

On peut le repérer, par exemple, sous forme de convictions cachées et « sacrées ».
On voit alors une femme s’exprimer d’une voix forte, virile, tentant de faire accepter ce type de convictions, même par la force, ayant parfois recours à la violence. On sent quelque chose de dur, d’intraitable, d’entêté.
Même chez une femme très féminine on rencontre un obstacle infranchissable, froid. Un des thèmes de l’animus serait:
« La seule chose que je désire au monde, c’est d’être aimée, et il ne m’aime pas.  »
Ou encore:
« Il n’y a que deux issues à cette situation et elles sont également mauvaises ».
Ces idées  » vraies  » lorsqu’elles sont prises dans un contexte général, ne sont pas adaptées à la situation particulière de la femme, mais on peut les discuter, elles viennent du père.
Tout comme l’anima chez l’homme, que nous étudierons plus loin, l’animus peut devenir  » le démon de la mort ».
Un animus négatif peut entraîner la femme vers des désirs, des jugements sur le monde  » tel qu’il devrait être », l’empêchant de nouer de véritables liens avec la réalité et la vie active qui la feraient exister réellement.
C’est alors la mort, comme dans ce conte tzigane, où l’animus négatif est représenté.
 » un bel étranger est accueilli par une femme solitaire, bien qu’un rêve l’ait avertie que cet homme est le roi des morts. Et au bout d’un certain temps, elle le presse de lui révéler qui il est en réalité. Il refuse d’abord en disant qu’elle en mourra. Elle insiste, et brusquement, il lui révèle qu’il est la mort elle-même. L
femme meurt aussitôt de peur ».
Mais l’animus négatif, c’est aussi  » le voleur ou le meurtrier  » dans les légendes. C’est Barbe-bleue qui assassine secrètement ses femmes.
Il représente toutes les pensées destructrices, froides, dont la femme peut être en proie. Les sentiments positifs n’existent plus, elle manigance de sombres projets, souhaitant la mort d’autrui.
Lorsque cette forme d’animus est à l’ oeuvre chez la femme, elle peut provoquer la mort dans son entourage, pousser l’époux vers le suicide, les enfants vers la maladie. La femme peut être  » possédée » pendant un temps, par cet animus négatif, qui la plonge dans des ruminations morbides, dans une grande insécurité psychique, et la dépouillant de tous sentiments humains.
Lorsqu’elle parvient à sortir de cette torpeur, elle se rend compte que sa réalité intérieure et que le monde extérieur sont différents de ce qu’elle croyait fermement.
Mais l’animus peut être très précieux quand il est positif.
Il établit alors des liens avec le Soi, par le biais d’une activité créatrice.
Le rêve d’une femme de quarante-cinq ans illustre cet aspect de l’animus:
 » Deux silhouettes voilées grimpent sur le balcon et pénètrent dans la maison. Elles sont enveloppées de manteaux noirs à cagoule et semblent vouloir nous tourmenter, ma soeur et moi. Ma soeur se cache sous le lit, mais les personnages en cagoule l’en chassent avec un balai et la mettent à la torture. Puis c’est mon tour. Celle de deux silhouettes qui commande me pousse contre le mur et fait des gestes magiques devant mon visage. Entre temps, l’autre dessine quelque chose sur le mur, et quand je le vois, je dis pour les amadouer :  » Oh que c’est bien dessiné! « . Mon tortionnaire a soudain le visage noble d’un artiste, et dit
fièrement : « Oui, vraiment « , et commence à nettoyer ses lunettes.  »
La femme était habituée au sadisme des personnages, car elle était souvent victime de crises d’angoisse au cours desquelles elle s’imaginait que ceux qu’elle aimait allaient disparaître, souffraient, ou bien se trouvaient en danger.
Ici l’animus est représenté par deux personnages, on peut alors penser que les malfaiteurs matérialisent un facteur psychique à double effet.
Dans la vie de la rêveuse, la soeur, très artiste, était morte jeune, sans avoir pu exprimer longtemps son talent.
Par la suite, dans le rêve, on apprend que les voleurs en cagoule sont en fait des artistes masqués, cachés.
En interprétant ce rêve, on voit que les attaques de panique trahissent un danger réel et mortel, mais en même temps l’éventualité d’une activité créatrice.
Si elle se laisse guider par le message du rêve, en développant son talent de peintre, l’animus persécuteur se métamorphosera en activité créatrice bénéfique.
L’animus peut se manifester sous la forme d’un groupe et prend un caractère collectif. Les femmes concernées disent alors  » on « , ou bien  » ils « ,  » tout le monde », insistant sur : » toujours »,  » il faudrait », « on doit ».
L’intégration de l’animus à la conscience est un processus long, ardu,
douloureux, si mais la femme y accorde du temps, de la réflexion, elle se dégagera des influences inconsciente négatives et sera en mesure de se confronter à la réalité.
Cette aventure intérieure est symbolisée dans certains contes et mythes, où le prince, changé en monstre, ou en animal sauvage par une sorcière, ne peut être sauvé que par l’amour d’une jeune fille (  » La Belle et La Bête  » ).

Souvent elle ne doit rien connaître de lui, ni même son visage mais lui accorder toute sa confiance, l’aimer aveuglément pour qu’il retrouve son identité initiale.
Mais c’est à l’issue d’une série de péripéties compliquées, difficiles, empreintes de maux et d’afflictions que l’héroïne finit par délivrer le prince.
C’est alors que l’animus intégré devient un allié précieux.
Il dotera la femme de qualités masculines, comme  » l’initiative, le courage, l’objectivité et la sagesse spirituelle. »
Comme l’anima, que l’on analysera plus tard, on retrouve quatre stades de développement de l’animus.
Dans un premier temps il peut prendre l’apparence d’un athlète, représentant la force physique.
Puis, au deuxième niveau, c’est l’esprit d’initiative, et la qualité de pouvoir organiser l’action.
Au troisième stade, il s’agit du  » verbe « , il est personnifié par un professeur, un prêtre.
Enfin, au quatrième degré, l’animus, à son stade le plus élevé, correspond à la  » Pensée « .
Il donne à la femme une fermeté spirituelle, joue un rôle de soutien.
Parfois il permet à la femme de se mettre en relation avec l’évolution spirituelle de son temps et de développer une profonde sensibilité aux pensées créatrices.

Ces personnages intérieurs importants, inconscients, complémentaires, sont primordiaux, la femme doit aussi savoir accueillir  » l’homme intérieur ».
Il lui faut en prendre conscience et faire sienne cette image archétypique.
L’anima pour l’homme et l’animus pour la femme sont essentiels, car ils créent l’image du sexe opposé dans la psyché consciente, petit à petit, au moment de la phase de séparation d’avec les parents.
C’est au moment de l’adolescence, répétition de l’Oedipe, que se joue la période la plus importante de l’individu, par rapport aux imagos parentales.
A ce sujet, on peut noter que le divergences théoriques apparurent progressivement entre Freud et Jung, sur des points fondamentaux.
En, 1912, la publication de la deuxième partie du grand livre de Jung  » Métamorphoses et symboles de la libido » précisent ces différences de points de vues dont Freud a conscience.
Jung élargit le concept de  » libido » ( sorte de tension générale), sa spécificité sexuelle s’estompe et tend à faire de l’Oedipe un symbole et une métaphore supérieures. Si Freud considère d’Oedipe par rapport au père, Jung l’envisage par rapport à la mère.
Pour Jung, le mot  » Sphinx » éveille l’idée de secrets et de mystères. Il pose aussi des énigmes comme le Sphinx d’Oedipe, mais ce serait une représentation de l’imago maternelle,  » la mère terrible et dévorante ».
En répondant au Sphinx, Oedipe est précipité dans un inceste matriarcal.
Le Sphinx est l’enfant d’Echidna, être mixte, jolie Jeune femme par le haut, et serpent affreux par le bas.

Cet être double correspond à l’image de la mère, moitié humaine et digne d’être aimée, moitié monstrueuse et terrifiante.
A ce sujet, on peut évoquer les propos de Freud qui a toujours eu du mal à  » être une mère dans le transfert  » .
Quant à l’analyse des rêves, même si les deux hommes se passionnèrent pour ce sujet, elle reste chez Jung une tentative d’appréhension du  » Tout « .
Pour lui, le rêve est une voie ouverte sur  » L’univers cosmique « , préexistante à l’homme et demeurant après lui.
Dans  » L’interprétation des rêves  » Freud essaie de décrypter la pathologie de la névrose à travers le rêve, dégageant les pensées latentes et inconscientes en deçà de la perception dans laquelle s’origine la représentation.
Jung développe un rapport singulier au Sacré que l’on ne trouve pas chez Freud. Cette relation au Sacré provoquerait chez l’homme le sentiment de  » numineux « . A ce sujet, il écrit:
 » La numinosité est totalement soustraite à la volonté consciente, car elle met le sujet dans un état de saisissement  » ( Ergriffenheit ).
Cette notion est un Intensitâtfaktor émotionnel ou énergétique et présuppose la croyance en la religion, et l’expérience de la rencontre avec le divin.
Freud a un tout autre rapport à Dieu et à la religion.
( article inachevé )

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